Qui sommes-nous romancé?


« Nous ne pouvons pas dire que nous voulons désacraliser la littérature, puisque pour nous elle n’a jamais été sacrée. Elle est plutôt magique, mystérieuse, libre et changeante. Nous voulons qu’elle s’étende dans tous les recoins sordides comme une plante grimpante aux fleurs parfumées… »

-Guillaume Cloutier, Rachel Sansregret et Maxime Raymond, d’une voix unique, à la conférence inaugurale des Éditions de Ta Mère qui eut lieu au sommet de l’Arc de triomphe à Paris.

Tout commence au collège Lionel-Groulx quand Guillaume et Rachel entrent en même temps dans le programme de littérature, une session avant Maxime, transfuge après avoir été amèrement déçu par le théâtre, une autre délicieuse histoire.

Guillaume et Maxime se connaissaient depuis le secondaire. Guillaume est le premier à avoir commencé à écrire de la poésie; c’est un peu lui qui conduit l’autre à explorer la versification. Conscients qu’il leur fallait une vitrine pour étaler leurs textes plutôt psychédéliques et remplis d’un nombre scabreux de références à des idoles beatniks et hippies, ils prennent connaissance de la revue littéraire de leur Cégep.

Rachel, qui bouillait déjà de plans machiavéliques dans lesquels elle s’imaginait à la tête d’une maison d’édition internationale générant un montant astronomique de revenus provenant de la vente de romans et de recueils de poésie, jouissant ainsi d’une influence si grande que l’Académie Française au complet suait à sa seule présence, était aussi à la recherche de la revue du Cégep pour y faire ses premières armes et son premier renversement de direction.

Guillaume et Maxime, pendant ce temps, ont un peu «pogné» les nerfs devant le look journal intime «lyreux» que la revue avait, et ils décident de se joindre au comité dans l’espoir de prendre le contrôle de cet organe de reproduction textuelle estudiantine.

Très vite, avec autour d’eux une jolie bande d’amateurs de littérature qui voyait grand sans se prendre au sérieux, ils participent à une petite révolution dans le monde de l’édition scolaire. L’image du poète incompris qui pleure sa rage à coups de rimes pauvres fut vite remplacée par une attitude plutôt rock and roll qui, au-delà de contenir un nombre indécent de références sexuelles insérées par l’équipe éditoriale dans la revue, faisait place à une littérature d’expérimentation et d’audace qui a fini par contraindre plusieurs détracteurs de poésie de fermer leur clapet.

Après le Cégep et l’innocence vient l’université. Toujours en littérature, Guillaume et Rachel complétent leurs baccalauréats à l’Université de Montréal. Rachel passe ensuite à la maîtrise après un été d’excès et de remises en question (moment dramatique), alors que Guillaume, excédé, s’enfuit sur un nuage non-scolaire le temps d’une saison (ou plusieurs). Maxime, de son côté, tire encore une fois de la patte, bien ancré dans son bacc. à l’UQAM, en profitant sans trop de zèle des sources infinies du savoir littéraire.

Ta Mère est née de trois désirs : celui de Rachel, qui est de bâtir une maison d’édition soucieuse de laisser parler des nouvelles voix dans le cercle souvent trop fermé de la littérature québécoise; celui de Maxime et Guillaume, qui concerne la publication de leurs travaux sans concessions à faire et sans refus de la part d’éditeurs établis; enfin, le but partagé par les trois acolytes de proposer une vision «dépédantisée» du livre, où le blanc terne et jaunissant des livres oubliés serait remplacé par une explosion de couleurs et de formes, le tout à un prix plus qu’accessible.

Ainsi, grâce à une réunion électrisante tenue il y a plus d’un an déjà, les trois amis décidèrent des tâches gargantuesques que chacun devrait mener à bien, et il en découla cette sulfureuse organisation : Rachel, grâce à son sens inné des affaires et de l’organisation, s’autoproclama (sans opposition) directrice générale de notre petite affaire à but bassement lucratif. Ce faisant, elle devint ainsi ta Grand-Mère (la mère de Ta Mère), et elle jouira également du plus grand bureau. Guillaume, selon l’argument stipulant qu’il avait de bien meilleures notes que les deux autres dans les travaux d’analyse et de critique, devint directeur littéraire, s’appropriant ainsi le marteau du jugement dernier sur les textes à publier. Maxime, avec sa tête en l’air bien dressée dans les nuées de l’imagination, s’appropria la tâche de directeur artistique. Il devra vaquer à la conception de tout ce qui entoure le texte, qu’il s’agisse des images ou des sons.

S’ajoute à cette équipe le talentueux graphiste Benoit Tardif, qui exécute (et améliore) les plus folles idées de design que la grande bête à trois têtes qu’est Ta Mère peut se permettre d’imaginer (il devient donc, du coup, la quatrième tête de ladite grande bête).