Infolettre spéciale (de l’amour) #2
Bon matin, mon p’tit cœur! Comme promis, voici ta dose d’amour et de conseils, avec le courrier du cœur de Frédérique Marseille et Carolanne Foucher!
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Allô Caro et Fred,
Signez-moi « Le troisième roue de Ilya et Shane » (oui, je sais).
J’ai un problème parfaitement 2026 : je suis jaloux d’un couple fictif. Pas jaloux au sens « je rage », plutôt au sens « mon cœur se met à faire de la comptabilité » : eux, ça a l’air simple; moi, ça a l’air d’un projet de session. Eux, c’est fluide; moi, c’est une dissertation intérieure avec bibliographie.
Le résultat est un peu comique et un peu triste : en public, je fais mon cynique blasé (« les couples, lol »), et en privé, je me surprends à vouloir exactement ça — une place où se déposer, une chaleur nette, quelque chose qui ne se négocie pas à chaque respiration.
Je ne vous écris pas pour que vous me disiez « tu vas trouver quelqu’un ». Je vous écris parce que je sens que la comparaison m’abîme doucement, comme un petit bruit de fond qui finit par couvrir la musique.
Si vous aviez, dans vos sacoches et sacs Cocotte, trois petites affaires pour moi — rien de magique, juste de praticable : une phrase qui me ramène sur terre quand je pars en spirale, un mini-rituel qui me reconnecte à mon désir sans le projeter sur des personnages, et une habitude à bannir parce qu’elle nourrit mon cynisme en cachette —, je vous écouterais religieusement (avec une chandelle parfumée, mais sans ironie).
Merci d’être mes courriéristes du cœur le temps d’une crise très niaise, très humaine.
– Le célibataire influençable par les romances, mais de bonne foi
P.-S. Si vous me dites de « prendre du temps pour moi », je vais le faire, mais je vais chialer en le faisant.
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Salut mon célibataire fru-fru-la-praline,
Tu vas être déçu parce que, à l’image de l’histoire d’Ilya et Shane (qui a pris son temps) (genre… 12 ans en tout? Une affaire de même? Since rookie season? The summer before, ç’a l’air.), je vais commencer en te disant que, ben oui, il faut que tu prennes du temps pour toi. Tu as le droit de chialer en le faisant mais, ouin, va falloir que tu le fasses. Pis c’est ça l’affaire avec la chose très vague qu’est de « prendre du temps pour soi », c’est que tu peux pas mal modeler ça comme tu veux. C’est quoi, prendre du temps pour soi? C’est peut-être de faire un casse-tête tout seul. C’est peut-être aussi de retourner à l’université. C’est peut-être de se réconcilier avec un ami perdu. Ce qu’il y a de cool avec le temps qu’on prend pour soi, c’est qu’on peut faire ce qu’on veut. On va vers ce qui s’allume, quoi. Qu’est-ce qui s’allume quand tu t’imagines prendre du temps pour toi? Moi, c’est prendre des bains et faire du géocaching. Idéalement en même temps.
Ensuite de ça, ma partie pref, la partie P R E S C R I P T I O N !!! Tu nous as demandé une phrase qui te ramène sur terre, un mini-rituel qui te reconnecte à ton désir, et une habitude à bannir car elle nourrit ton cynisme !!! Toutes des bonnes demandes, ça, alors ALLONS-Y GAIEMENT. (Comme Ilya et Shane)
1. Une phrase qui te ramène sur terre. Je te donne la mienne, je la conseille pas à tout le monde, mais elle m’aide à me sentir forte pis à me rappeler que tout est passager. Elle est dans la langue de Shakespeare, mais j’ai comme le feeling que l’anglais, ça te fait pas peur. Because Ilya and Shane weren’t afraid of the language barrier.
I don’t like this, but I can hold this.
C’est un peu pour te rappeler que oui, oui, OK, des fois le célibat (ou plein d’autres situations), c’est pas idéal dans ton portrait de vie, mais genre : t’es capable de vivre ça. T’es plus fort que ça. T’es capable. Tu tripes pas ta vie, mais t’es capable de passer à travers ça.
2. Un mini-rituel. Ben ça, bon. Let’s go dans l’intime. Je pense que passer du temps spicy avec soi-même, sans écran, ça fait du bien. T’sais, c’est ben beau l’idée de se dater soi-même pis d’aller au resto tout seul, mais tu peux-tu te ramener chez vous et scorer avec toi-même ensuite? Comme Socrate l’a déjà dit : emmène-toi toi-même à la second base. Beaucoup de métaphores, ici, pour dire finalement : onanisme sans porn. Rappelle-toi pourquoi tu tripes sur TOI.
3. Une habitude à bannir. Je sais pas si c’est ton cas, mais le monde qui font semblant d’être au-dessus de l’amour : cancel. Crisse, y nous reste rien que ça. Fait que si ça t’arrive de jouer même juste un peu à la personne cynique qui a tout vu tout daté et qui veut pu jouer, ben je t’invite à faire le mini-rituel (point #2) et à retomber en amour avec toi-même. Pour retomber en amour avec l’amour. Y A QUE ÇA DE VRAI. (Sérieux) (Y nous reste juste ça, I stand by cette opinion-là) (En incluant bien sûr l’amitié dans l’amour, hein.)
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Salut Fred et Carolanne,
J’ai récemment mis à jour mon app Facebook et elle m’a rappelé une liste assez impressionnante de « poke back » en attente.
Quand j’étais au secondaire, on me disait que « poker quelqu’un » était un geste de cruise vraiment pas subtil. Est-ce que c’était une rumeur avérée ? Et si oui, est-ce que c’est encore le cas ? Est-ce que je dois répondre à ces vieilles demandes remontées des fondements de 2010 ou bien c’est mieux que je laisse ça mort comme les bracelets éponges ?
Merci,
– AL qui a déjà joué au hockey, mais jamais frenché dans un vestiaire
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Salut mon p’tit coeur nostalgique (… AL),
Savais-tu que les courriéristes du coeur, comme dans beaucoup de métiers, doivent faire de la formation continue chaque année? Eh oui! Ma collègue Carolanne et moi devons clencher plus de 100 heures de lectures, colloques, webinaires et autres sources éducatives à la fine pointe de la technologie de l’amour pour mieux vous accompagner, vous, notre précieuse patientèle, dans le sinueux chemin de l’amour.
Depuis #metoo et la prise de conscience (qu’on espère généralisée) qui s’est ensuivie, l’Ordre des Courriéristes du Coeur (l’OCC) nous invite fortement à déconseiller toute activité en lien avec ce qu’on appelle, dans notre lingo professionnel, le pokage. En effet, tout comme il est déconseillé à un.e ado de pincer la taille de ses ami.es dans un autobus scolaire ou dans un couloir et à un adulte de faire de même dans le métro ou dans un bar, il est à noter que cette activité est aussi déconseillée en ligne.
Selon des études récentes, il semblerait qu’un grand nombre de personnes ne comprennent toujours pas que l’espace virtuel n’est pas pas la vraie vie (deux négations donnent un positif, reste concentré.e), étant donné qu’on y socialise souvent plus qu’en vra de vra personne, sans parler de son impact très concret sur nos habitudes, nos attentes, nos psychoses et nos dépenses.
C’est pourquoi, chaque année, l’OCC investit des montants importants dans la sensibilisation au consentement. Ah! ce satané consentement, épine dans le soulier de bien des fatigant.es. Il reste encore tant à faire! À commencer par les programmeurs de Facebook en 2010 qui, clairement, pensaient que le harcèlement via des ding ding était une façon intéressante de prendre contact avec crush, ami.es oublié.es du secondaire et random collègue sans photo de profil qui a l’air un peu louche.
Tu auras compris que notre posture en est une orientée vers l’avenir radieux d’un monde où les pokes seront depuis longtemps oubliés.
D’ailleurs, lors du prochain CA trimestriel de l’ordre, que nous présidons Carolanne et moi, il est à noter que nous aborderons la question « DM : pour ou contre? ». Sont-ce toujours des techniques suggérées par les courriéristes du cœur? À analyser, lors des consultations publiques auxquelles bien sûr tu es convié.e.
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Bonjour cher courrier du cœur de ta mère.
Je me demande comment aimer encore (et rencontrer) quand un couple de presque 30 ans se quitte. Cette personne a été ma seule personne de ma vie. Jamais eu d’autre partenaire. Nous étions des High School lovers. La dernière fois que j’étais célibataire, ado, j’avais pas d’adresse courriel ni de téléphone mobile et ma mère me demandait de raccrocher le téléphone parce que ça faisait deux heures que je parlais avec mes amis.es pis qu’elle attendait un appel.
Merci de me répondre pour me guider dans le monde de la drague au 21e siècle.
pseudo12@caramail.ca
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Oh lala, quelle histoire.
Tout d’abord, merci de nous écrire et de nous faire confiance. C’est du haut de nos trente-six ans et demi (Fred) et trente-trois ans à peine (Caro) que nous répondons à ton message. Ce qui veut dire qu’il est très très peu probable que nous ayons, l’une ou l’autre, l’expérience nécessaire pour savoir ce que ça feel, dans un corps, un quotidien, une identité, d’être trente ans avec quelqu’un.
Quoique j’aurais rêvé de passer ma vie avec mon premier amoureux (ben…y a jamais su qu’on était ensemble, mais moi je sais qu’il m’aimait éperdument… je pense) Mathieu C. rencontré à 7 ans (je protège ici son anonymat pour des raisons légales), tu comprendras que la vie en a voulu autrement et qu’à ce jour, ma plus longue relation est celle que je vis depuis 17 ans avec mon chat. Quoique je rêve qu’un chat et un.e partenair.e amoureux soient la même affaire, on comprendra que ce n’est pas vraiment le cas. Alors full disclosure : qui suis-je pour conseiller une personne qui traverse ce que tu traverses? Je m’essaie quand même.
Quelques conseils au hasard, s’ils résonnent avec toi:
Ne vis pas ce gros deuil seul.e. Je sais que voir un.e psy ou un.e thérapeute, c’est un peu fou raide in this economy, mais faire le deuil d’une part de soi, de la manière dont on existait dans le monde, sans parler du deuil du couple-équipe puis de la personne aimée, c’est comme pas mal un des plus gros trucks qui peut rouler sur le corps d’un.e humain.e dans une vie. Il est rempli de peines immenses, de pertes de repères, mais aussi de fantasmes pour la suite, de curiosités et de désirs. Ça fait du stock à démêler, quand le camion-dompeur se déverse sur ton cœur. Demander un coup de main et un peu de jus de bras à des pros, c’est vraiment pas fou!
Que ce soit pour toujours (ce que je souhaite à tout le monde) ou temporairement, c’est peut-être intéressant de profiter de ce breakup pour questionner les priorités émotives dans ta vie. Notre socialisation nous enseigne que les amours romantiques sont en haut de la pyramide et « valent » plus que les autres liens qu’on entretient. J’ai trouvé absolument salvateur de mettre les amitiés platoniques tout en haut, de les prioriser dans mes projets, mes voyages, mon quotidien, mes passions, puis de replacer la romance dans une autre strate de la pyramide des priorités. Ça a enlevé beaucoup de poids aux peines, et surtout, ça m’a permis de faire de nouvelles rencontres sans leur imposer une grande pression. Quelle joie de sentir que nos ami.es ou notre famille (ou notre chat de 17 ans) sont nos plus grands amours!
C’est ici que je swing la puck à ma chère partenaire, Carolanne.
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Allô mon p’tit coeur à la cannelle, ici MissFouchette, le cœur brisé puis réparé puis rebrisé puis reréparé.
J’ai une bonne et une mauvaise nouvelle pour toi.
Bonne nouvelle! La drague au 21e siècle est très simple.
Mauvaise nouvelle… Elle est chaotique et elle fait chier tout le monde.
CECI DIT, y a pas grand-chose qui donne plus le sentiment de VIVRE que de reprendre le risque de retomber en amour, de se remettre out there, d’être vulnérable avec une nouvelle personne. Fait que… Go! Lâche pas! Bonne chance! Allez hop, camarade! Tu vas tomber en bas de ta chaise plus qu’une fois en lisant les DMs de certaines personnes, c’est évident, mais c’est pas ça le point. Le point, c’est pas les 150 fois où ça marchera pas (ça sera peut-être pas 150, là…) (mais hope for the best, prepare for the worst, comme ils disent). Le point, c’est LA fois où ça va marcher. C’est la fois imprévisible qui va s’inscrire éventuellement dans ta mythologie, c’est la fois où t’auras osé laisser ton numéro à la personne que tu trouvais cute dans le métro, ou peut-être juste celle où tu auras décidé de répondre « oui toi? » à un laconique « sa va? ».
Ça prend juste une petite fois pour que tu sois reparti.e pour un autre 30 ans.